De 1998 à 2002, Henri de Grossouvre dirige depuis Vienne les grands comptes d'Alcatel pour l'Europe centrale et la Russie. Ce n'est pas une ligne de CV : c'est la raison pour laquelle sa lecture de la région ne ressemble pas à celle des capitales occidentales.
L’Europe centrale a ceci de particulier qu’on en parle beaucoup depuis Paris et Berlin, et rarement depuis Vienne ou Belgrade. Ce dossier tient à une différence de point d’observation.
Quatre ans sur place
De 1998 à 2002, Henri de Grossouvre dirige depuis Vienne les grands comptes d’Alcatel pour l’Europe centrale et la Russie. C’est un poste commercial et industriel, pas diplomatique — et c’est ce qui le rend intéressant. On y apprend qui décide réellement, comment circulent les contrats et les capitaux, et où les frontières politiques ne correspondent pas aux frontières économiques.
Sa formation avait déjà pointé dans cette direction : son mémoire de DEA de relations internationales portait sur l’Ukraine.
L’Europe centrale dans l’avant-garde, pas dans l’antichambre
En 2007, l’ouvrage collectif qu’il dirige, Pour une Europe européenne, propose une avant-garde composée de six pays : France, Allemagne, Belgique, Luxembourg, Hongrie et Autriche. La postface est signée János Perényi.
Le choix mérite d’être relevé. Dans la plupart des propositions de « noyau dur » formulées à la même époque, l’Europe centrale figure au mieux comme un second cercle. Ici, elle est dans le premier — parce que la géographie de l’auteur passe par Vienne.
La Serbie, dix ans à l’avance
En janvier 2015, la Revue Défense Nationale publie une tribune de six pages : la Serbie à la croisée des chemins, après des années de relations conflictuelles avec l’Union européenne, et devenue plaque tournante entre l’espace communautaire et Moscou.
Le vocabulaire est constant chez lui — charnière, plaque tournante, pivot. La Serbie n’y est pas un camp mais un point de bascule, et un point de bascule s’observe plutôt qu’il ne se juge.
En 2014, son premier livre avait paru en serbe chez Fondacija Dostojanstvo, sous la signature Anri de Grosuvr.
Sécurité paneuropéenne : l’Europe centrale comme condition
Le dossier rejoint ici le pilier Sécurité & défense. En 2009, dans la Revue Défense
Nationale, Henri de Grossouvre et Pierre Pascallon posent que la Grande Europe existe
« de l’Atlantique à l’Oural », qu’elle inclut donc la Russie européenne, et qu’il revient
à l’OSCE de porter la question de la sécurité paneuropéenne, dans le cadre d’une
conférence internationale à convoquer.
Ce cadrage n’est pas neutre pour l’Europe centrale. L’OSCE est l’une des rares enceintes
où les pays d’Europe centrale et balkanique siègent sans être en position de demandeurs
d’adhésion. Choisir cette enceinte plutôt qu’une autre revient à leur reconnaître un
statut de partie prenante, non de zone tampon. C’est une conséquence institutionnelle
concrète d’une prémisse géographique.
Les corridors avant les discours
Un dernier trait mérite d’être relevé, parce qu’il revient dans tout le corpus : la
préférence pour les flux plutôt que pour les postures. Quand l’auteur cherche ce qui
relie réellement l’Europe centrale à l’ouest et à l’est du continent, il regarde le
transport et l’énergie avant les déclarations diplomatiques.
C’est la logique qui l’amène, en 2017, à désigner l’infrastructure ferroviaire comme
premier liant d’une coopération continentale, puis, en 2021, à consacrer un article à la
croissance passée inaperçue du fret ferroviaire entre la Chine et l’Europe — un corridor
qui traverse précisément l’espace centre-européen. La même année, il cosigne dans la
Revue Défense Nationale un texte sur la coopération technologique entre l’Union
européenne et la Chine.
Vue de Vienne, l’Europe centrale n’est pas une périphérie. C’est le lieu où passent les
lignes.
Ce que ce dossier ne fait pas
Il ne prend pas parti dans les débats internes aux pays concernés. Henri de Grossouvre a publié sur l’actualité politique serbe des analyses qui engagent leur auteur ; elles ne figurent pas sur ce site, et ce site ne s’en fait pas le relais.
Ce qui figure ici, ce sont les positions de fond : l’Europe centrale comme partie intégrante de la Grande Europe, la Serbie comme point de contact plutôt que comme enjeu de camp, et l’idée qu’une architecture continentale qui ignore cet espace n’en est pas une.
La continuité avec le reste
Vienne relie ce dossier à tous les autres. C’est de Vienne qu’il regarde la Russie quand il écrit Paris, Berlin, Moscou. C’est l’expérience centre-européenne qui explique que la Hongrie et l’Autriche figurent dans son avant-garde de 2007. Et c’est la même méthode qu’ailleurs : partir des flux réels — contrats, énergie, transport — plutôt que des déclarations.