Une position, avant tout
Henri de Grossouvre vit sur la rive droite du Rhin et travaille en France. Il y a dans ce fait quotidien plus d’explication de son travail que dans n’importe quelle notice : trente ans passés à regarder l’Europe depuis ses lignes de passage plutôt que depuis ses capitales. Sa biographie sur X le formule en six mots — Contrebandier d’idées, passeur sur le Rhin, essayiste.
Il a grandi à la campagne, en Bourbonnais. Il a vécu en Roumanie, en Autriche et en Belgique. Il pratique le tennis de table et l’équitation en compétition. Ces détails ne relèvent pas de l’anecdote : ils décrivent quelqu’un dont le rapport aux frontières est empirique avant d’être théorique.
Diplômé de l’Institut d’études politiques de Strasbourg, promotion Relations internationales 1989, il obtient un DEA de relations internationales à l’Institut des Hautes Études Européennes de Strasbourg — son mémoire porte sur l’Ukraine — et une maîtrise à la Sorbonne. Il étudie à l’université de Bonn, où il rédige deux mémoires en allemand, et à la Harvard Summer School.
Cette formation explique une part de la suite. Le plurilinguisme du site n’est pas un habillage : il prolonge une pratique ancienne.
Le passage par l’industrie
De 1998 à 2002, il dirige depuis Vienne les grands comptes d’Alcatel pour l’Europe centrale et la Russie. Quatre années dans un poste commercial et industriel, à une période où ces marchés se recomposent entièrement.
C’est un point important pour comprendre le reste de l’œuvre. Ce n’est pas un universitaire écrivant sur des régions qu’il connaît par la littérature : c’est quelqu’un qui a négocié dans ces pays avant d’écrire dessus. Quand il pose la Serbie en plaque tournante en 2015, ou l’Europe centrale dans l’avant-garde européenne en 2007, la lecture vient d’ailleurs que d’un corpus.
En 2002, il est responsable des comités de soutien à Jean-Pierre Chevènement pour l’élection présidentielle.
L’œuvre publiée
Son premier livre paraît en avril 2002 : Paris, Berlin, Moscou : la voie de l’indépendance et de la paix, aux éditions L’Âge d’Homme, préfacé par le général Pierre Marie Gallois, celui qui avait convaincu de Gaulle de doter la France de l’arme nucléaire. Dans le cadre explicite d’une Europe des nations, l’essai plaide pour un partenariat stratégique entre un pôle franco-allemand restauré et la Russie, sur quatre terrains nommés : énergie, sécurité, espace, maîtrise des hautes technologies.
Moins d’un an plus tard, l’opposition commune de la France, de l’Allemagne et de la Russie à la guerre en Irak faisait de ces trois noms une manchette mondiale. Le livre a été réédité en français, traduit en italien chez Fazi Editore en 2004 — augmenté de trois chapitres — et en serbe en 2014.
Suivent deux ouvrages collectifs. Pour une Europe européenne (Xenia, 2007), qu’il dirige pour le Forum Carolus, préfacé par le ministre de l’Industrie François Loos et postfacé par János Perényi, propose une avant-garde de six pays — France, Allemagne, Belgique, Luxembourg, Hongrie, Autriche. L’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau (Xenia, 2010), codirigé avec le professeur Éric Maulin et préfacé par le maire de Strasbourg Roland Ries, est un volume bilingue français-allemand de 478 pages, catalogué par le centre de documentation de l’INSP.
Les revues
Entre 2003 et 2021, il signe neuf articles et tribunes dans la Revue Défense Nationale, qui paraît depuis 1939 : sur la révision du traité de l’Élysée, la relance franco-allemande, la maîtrise des technologies de souveraineté, l’indépendance industrielle européenne, le sommet de l’OTAN de Bucarest, la sécurité paneuropéenne, la Serbie, et la coopération technologique entre l’Union européenne et la Chine. Quatre de ces textes disposent d’une version anglaise officielle publiée par la revue.
Il publie également dans la Revue Politique et Parlementaire, la Revue Conflits, Le Figaro, Le Diplomate, le Journal du Net et AgoraVox, dont il est modérateur depuis 2023. En 2004, il signe en anglais dans la revue académique indienne World Affairs un article encore cité en 2022 par le Journal of Eurasian Studies.
Les structures
Le 1er octobre 2004, François Loos, ministre délégué à l’Industrie, et Adrien Zeller, président de la Région Alsace, le chargent de créer et de diriger un laboratoire d’idées européen à Strasbourg. Le Forum Carolus naît moins d’un an plus tard ; il en sera délégué général jusqu’en 2009. Le forum organise des colloques — dont celui de 2006 au Conseil de l’Europe — et publie deux ouvrages.
Il fonde en 2003 le réseau Paris-Berlin-Moscou, devenu Réseau Géopolitique en août 2017, dont il est depuis président d’honneur.
Il est administrateur du Cercle Colbert, où il anime avec le professeur Denys Pouillard un groupe de travail sur l’avenir des collectivités, et administrateur de la Fondation Baccarat. Il siège au conseil d’administration de l’association des alumni de Sciences Po Strasbourg, où il anime à Paris un cycle de conférences mené avec le Cercle Colbert et la Fondation Jean-Jaurès. Depuis septembre 2026, il est secrétaire général de l’association Héritage & Civilisation — « Vivre nos patrimoines, servir la paix » —, dont il était déjà administrateur. Il est aussi membre de l’Advisory Board du think tank The KitSon, et a présidé le KitSon Strasbourg.
En 2011, il co-fonde avec Mike Molloy et Alain Gesiot Le Jardin d’Alcinoos, devenu en 2016 une épicerie sociale et solidaire dans le 19e arrondissement de Paris, qu’il a présidée.
Aujourd’hui
Il est directeur de la prospective d’un grand groupe français. Il intervient en français, en anglais, en allemand et en italien, entre dix et vingt fois par an.